Escapade photographique

Entre deux confinements, ou plus exactement entre une période de confinement puis de freinage renforcé, Escueillens nous ouvre ses portes, ou plus précisément ses fenêtres…

Cette vision intérieure de l’extérieur nous replonge un an en amont, dans une période où le virus, encore de genre masculin à l’époque, nous clouait à domicile. Cet enfermement imposé est toutefois fort relatif dans la mesure où tout le monde n’a pas la chance de voir la même chose de chez lui. En effet, bien peu de personnes ont la possibilité de laisser rentrer la nature dans leur maison au point de voir un arbre s’inviter dans leur salon.

Rares sont ceux également qui, de chez eux, peuvent se perdre dans un horizon de verdure infini et s’allonger par la pensée dans un champ d’orties. Si cette nature pique les yeux, c’est juste pour nous rendre un instant plus heureux et nous libérer de ce contexte sanitaire fiévreux.

De quoi faire valoir un déplacement virtuel impérieux, juste pour faire du bien à nos yeux. Si notre fenêtre ne s’ouvre pas sur un champ, c’est pour mieux réfléchir de dedans, à quoi pourrait ressembler ce nuage blanc rempli d’osties …

Cet espace irréel sombre et clos, laisse cependant entrer la beauté du jour à travers ses longs vitraux majestueux. Et pendant ce temps le virus mute et change de genre. Cette féminité retrouvée nous invite à accentuer la sensibilité de notre regard et de notre esprit. Ces nouvelles lunettes déposées sur nos yeux, nous invitent maintenant à affuter notre imaginaire vertueux. Telle cette fille remplie de souvenirs paternels éternels, notre vision se détourne maintenant vers le bleu de tes cieux. Telle cette maman meurtrie par une tristesse infinie, Escueillens tu nous raccroches tout de même farouchement à la vie. Ton hospitalité, ta sincérité, ta pureté et toute ta majesté avec beaucoup d’humilité Je me suis employée à fidèlement capter. Derrière l’objectif de mon appareil investi, j’ai tenté de traduire tes non-dits sans tabous ni interdits. Mes déplacements successifs en ces lieux et mes rencontres inattendues avec tes habitants m’en a, indéniablement, mis plein les yeux. 

 

Texte de Jean-Pierre Lifante